IDS 2009 / COLOGNE 24-28 MARS 2009 PAR LE Dr MARC APAP (4ème et dernière partie)

 

  • Fausses bonnes idées

Tout salon qui se respecte doit obligatoirement présenter quelques inventions stupides ou farfelues. Ne nous précipitons-nous pas, chaque année à la Foire de Paris, sur les stands du concours Lépine ? Ici, les choses sont moins officielles et un peu plus disséminées : les fabricants en cause ne se doutent pas qu’ils nous proposent des absurdités.

Commençons par cette couverture en silicone transparent, d’un millimètre d’épaisseur ou peut-être moins, présentée par Man & Machine, le spécialiste des solutions hygiéniques pour claviers d’ordinateur. Elle se pose sur le clavier pour éviter aux poussières de s’y incruster. On peut la laver, et même la stériliser en autoclave. Mais qui va faire ça, et combien en faut-il pour en avoir une propre après chaque patient ?

Autre truc peut-être astucieux, mais qui laisse perplexe : le Mirrovac inventé par un Suédois.

Cette canule, qui se branche sur le tuyau d’aspiration chirurgicale, se termine par un miroir. Elle permet de travailler en vision indirect tout en évacuant l’eau du spray. L’orifice de la canule se situant en plein milieu du miroir, on se demande comment on peut viser la dent que l’on fraise ou détartre. Sans compter l’inconfort de tenir la canule à pleine main, avec tout le poids du gros tuyau dans l’avant-bras. Les Mirrovac, vendus par lots de deux ou cinq, coûtent 100 € l’unité ! Si vous voulez un système vraiment efficace, achetez plutôt les Mirror Suction du coréen Seil Global chez Henry Schein ou Megadental.

Pour terminer, la palme revient au Dentaloscope 2D, de la société suisse SMT, associée à l’américain MagnaVu. Il y a deux ans, ce dernier fabricant disposait d’un tout petit stand. Aujourd’hui, il en a plusieurs, bénéficie des honneurs de la presse et d’une séance de démonstration officielle. La raison d’une telle montée en puissance ? Son rachat par un gros groupe financier qui met le paquet pour sa promo. Le système est constitué d’une caméra disposée au dessus de la tête du patient, qui filme en gros plan ce qui se passe dans sa bouche. Le tout est piloté par une énorme pédale en caoutchouc au pied du fauteuil. On peut ainsi zoomer sur la zone à observer et obtenir des images à très fort grossissement. Celles-ci s’affichent sur un moniteur situé en haut à gauche sur la colonne de l’unit. Le dispositif peut se révéler séduisant, voire spectaculaire.

Si l’on passe les difficultés de réglage, l’inconfort de manipulation de la pédale, il accuse toutefois un défaut rédhibitoire : travailler tout le temps le regard fixé sur un écran inévitablement situé beaucoup trop haut, c’est l’assurance d’un torticolis tenace dans les semaines, les mois, ou au maximum, l’année qui suit.

On retrouve cette même position absurde avec tous les systèmes similaires : l’Inside de l’italien Faro

et le Camsight américain.

Pourquoi faut-il que les fabricants ignorent à ce point les notions d’ergonomie les plus élémentaires ?

  • Empreintes optiques

Je terminerai par ce chapitre : c’est incontestablement le plus prometteur, même si nous sommes encore loin de sa généralisation dans tous les cabinets. Je ne suis pas allé voir le stand Sirona, trop bondé, qui présente chaque fois, une version améliorée de son CEREC. Sur le modèle AC (Acquisition Center), l’empreinte optique est confiée à une caméra Bluecam  qui serait capable d’enregistrer une arcade complète en 2 minutes. Selon les spécialistes, la firme allemande, qui a quelques années d’expérience derrière elle, n’est pas près d’être détrônée dans ce domaine.

Il n’empêche. D’autres fabricants, notamment américains, relèvent le défi. Cadent, par exemple, qui présente son système iTero sur un stand assez riquiqui. Pas comme sa caméra, immense, semblant tout droit sortie de StarWars. Ce dispositif ne peut enregistrer au mieux qu’une hémi-arcade. Pas mal, mais insuffisant pour faire un scoop.

Après un teasing soigneusement entretenu depuis deux ans, 3M ESPE dévoile enfin son Lava Chairside Oral Scanner (COS) en première mondiale. Le géant américain n’y a pas été de main morte. Toutes les demi-heures, un speaker dont la voix déraille à force de crier dans le micro, nous en fait la démonstration, aidé d’une jeune femme. Comme les autres, le dispositif est constitué d’un petit kart sur roulettes avec un ordinateur, un clavier, un écran, et un capteur numérique. Celui-ci ressemble à un énorme fer à friser. La démo s’effectue sur une tête fantôme, dont les dents ont été recouvertes de poudre blanche.

La caméra produit une série de flashes stroboscopiques bleus. L’assistante balaye consciencieusement toutes les surfaces à photographier. Sur l’écran, les images en 3D s’élaborent très rapidement au fur et à mesure, un peu comme celles de la Terre vue par satellite dans Google Earth. A vue de nez, l’empreinte totale de l’arcade prend deux ou trois bonnes minutes. On peut l’observer sous tous les angles, zoomer sur une surface particulière, obtenir le modèle positif à partir du négatif et inversement. Tout s’effectue en quelques secondes, grâce à l’écran tactile, dont la manipulation ressemble fortement à celle de l’i-phone d’Apple. Le présentateur en rajoute une couche pour nous vanter les mérites de l’appareil: facilité d’utilisation, remotivation de l’équipe soignante, puisque l’assistante pourra faire l’empreinte elle-même, et bien sûr, gain de productivité. Discours commercial type, 100 % US.

Tout le monde, et c’est bien le moins étant donné l’origine du produit, reste « scotché » devant cette brillante invention. Et puis, une fois redescendu sur terre, on se pose des questions : combien ça peut coûter ? Est-ce que c’est fiable ? Comment fait-on s’il y a du sang ou de la salive ? Poudrer les dents du patient, ce n’est pas forcément facile, ni confortable pour lui s’il doit rester la bouche ouverte pendant tout ce temps. Comment faire pour les contre-dépouilles et les logements de tenon ? Etc, etc… Bref, on comprend qu’un leader comme 3M ESPE nous fasse rêver, mais on se dit qu’il n’y a pas le feu au lac et qu’on pourra sérieusement s’intéresser à la chose seulement un peu plus tard, quand les premiers acheteurs auront essuyé tous les plâtres. Peut-être en 2011, pour le prochain IDS !

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———————————————————————————————————————————————————————————————————– Sincères remerciements à Marc Apap pour cette passionnante immersion dans le futur (proche) qui nous a mis l’eau (de Cologne) à la bouche.

 


2 commentaires pour : “IDS 2009 / COLOGNE 24-28 MARS 2009 PAR LE Dr MARC APAP (4ème et dernière partie)”

  1. roosseeeNo Gravatar dit :

    et qui nous a surtout appris la patience….
    Bon, les photos c’est too much!

    et merci Dr G pour l’avatar…

  2. Dr G.No Gravatar dit :

    Avec plaisir.

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